Bienvenue à l'église évangélique A.D.D d'Ales


On se demande toujours, comment des millions de juifs ont pu être exterminés au cours de la dernière guerre mondiale, sans que personne ne bouge. A part quelques révoltes au camp de Treblinka et de Sobibor, sans oublier l'insurrection finale du ghetto de Varsovie, la plupart se sont laissé conduire comme des agneaux à l'abattoir. Pourtant, certains s'étaient échappés des camps et avaient raconté l'horreur des camps, mais personne ne les avait cru. Les juifs ne les avaient pas cru, les alliés non plus, ils n'ont rien fait pour les sauver. L'écrivain et le philosophe juif Elie Wiesel (prix Nobel de la Paix en 1986) raconte cette anecdote dans son livre "La nuit" Elie Wiesel était en 1944 avec beaucoup d'autres juifs dans un train à destination d'Auschwitz Birkenau..


Il y avait parmi nous une certaine madame Schachter, une femme d'une cinquantaine d'années, et son fils, âgé de dix ans, accroupi dans son coin. Son mari et ses deux fils aînés avaient été déportés avec le premier transport, par erreur. Cette séparation l'avait complètement ébranlée. Je la connaissais bien. Elle était souvent venue chez nous : une femme paisible, aux yeux brûlants et tendus. Son mari était un homme pieux, passant ses jours et ses nuits dans la maison d'étude, et c'était elle qui travaillait pour nourrir les siens. Madame Schachter avait perdu la raison. Le premier jour de notre voyage, elle avait déjà commencé à gémir, à demander pourquoi on l'avait séparée des siens. Plus tard, ses cris devinrent hystériques. La troisième nuit, comme nous dormions assis, l'un contre l'autre et quelques-uns debout, un cri aigu perça le silence : - Un feu ! Je vois un feu ! Je vois un feu ! Ce fut un instant de panique. Qui avait crié ? C'était madame Schachter. Au milieu du wagon, à la pâle clarté qui tombait des fenêtres, elle ressemblait à un arbre desséché dans un champ de blé. De son bras, elle désignait la fenêtre, hurlant :

- Regardez ! Oh, regardez ! Ce feu ! Un feu terrible ! Ayez pitié de moi, ce feu ! Des hommes se collèrent aux barreaux. Il n'y avait rien, sauf la nuit. Nous restâmes un long moment sous le coup de ce réveil terrible. Nous en tremblions encore. A chaque grincement de roue sur le rail, il nous semblait qu'un abîme allait s'ouvrir sous nos corps. Impuissants à endormir notre angoisse, nous essayions de nous consoler : « Elle est folle, la pauvre ... » On lui avait mis un chiffon mouillé sur le front pour l'apaiser. Elle n'en continuait pas moins à hurler : « Ce feu ! Cet incendie ! ... » Son petit garçon pleurait, s'accrochant à sa jupe, cherchant ses mains : « Ce n'est rien, maman ! Ce n'est rien ... Assieds-toi... » Il me faisait plus mal que les cris de sa mère. Des femmes tentaient de la calmer : « Vous allez retrouver votre mari et vos fils ... Dans quelques jours ... ». Elle continuait à crier, haletante, la voix entrecoupée de sanglots : « Juifs, écoutez-moi : je vois un feu ! Quelles flammes ! Quel brasier ! » Comme si une âme maudite était entrée en elle et parlait du fond de son être. Nous tentions d'expliquer, Le mot du Pasteur page 4 pour nous tranquilliser, pour reprendre notre propre souffle beaucoup plus que pour la consoler : « Elle doit avoir si soif, la pauvre ! C'est pour cela qu'elle parle du feu qui la dévore ... »

Mais tout était vain. Notre terreur allait faire éclater les parois du wagon. Nos nerfs allaient céder. Notre peau nous faisait mal. C'était comme si la folie allait s'emparer également de nous. On n'en pouvait plus. Quelques jeunes gens la firent asseoir de force, la lièrent et lui mirent un bâillon dans la bouche. Le silence était revenu. Le petit garçon était assis près de sa mère et pleurait. J'avais recommencé à respirer normalement. On entendait les roues scander sur le rail le rythme monotone du train à travers la nuit. On pouvait se remettre à somnoler, à se reposer, à rêver ... Une heure ou deux passèrent ainsi. Un nouveau cri nous coupa la respiration. La femme s'était libérée de ses liens et hurlait plus fort qu'auparavant : -Regardez ce feu ! Des flammes, des flammes partout. Une fois de plus, les jeunes gens la lièrent et la bâillonnèrent. Ils lui donnèrent même quelques coups. On les encourageait : - Qu'elle se taise, cette folle ! Qu'elle la ferme ! Elle n'est pas seule ! Qu'elle la boucle ! On lui asséna plusieurs coups sur la tête, des coups à la tuer. Son petit garçon s'accrochait à elle, sans crier, sans dire un mot. Il ne pleurait même plus. Une nuit qui ne finissait pas. Vers l'aube, madame Schachter s'était calmée. Accroupie dans son coin, le regard hébété scrutant le vide, elle ne vous voyait plus. Tout le long du jour, elle demeura ainsi, muette, absente, isolée parmi nous. Au début de la nuit, elle se remit à hurler : « L'incendie, là ! » Elle désignait un point dans l'espace, toujours le même. On était fatigué de la battre. La chaleur, la soif, les odeurs pestilentielles, le manque d'air nous étouffaient, mais tout cela n'était rien, comparé à ces cris qui nous déchiraient. Quelques jours encore et nous nous serions mis à hurler également. Mais on arriva dans une gare.

Ceux qui se tenaient près des fenêtres nous donnèrent le nom de la station : - Auschwitz. Personne n'avait jamais entendu ce nom-là. Le train ne repartait pas. L'après-midi passa lentement. Puis les portes du wagon glissèrent. Deux hommes pouvaient descendre pour chercher de l'eau. Lorsqu'ils revinrent, ils racontèrent qu'ils avaient pu apprendre, en échange d'une montre en or, que c'était le terminus. On allait être débarqués. Il y avait ici un camp de travail. De bonnes conditions. Les familles ne seraient pas disloquées. Seuls les jeunes iraient travailler dans les fabriques. Les vieillards et les malades seraient occupés aux champs. Le baromètre de la confiance fit un bond. C'était la libération soudaine de toutes les terreurs des nuits précédentes. On rendit grâce à Dieu. Madame Schachter demeurait dans son coin, recroquevillée, muette, indifférente à la confiance générale. Son petit lui caressait la main. Le crépuscule commença à emplir le wagon. Nous nous mîmes à manger nos dernières provisions. A dix heures du soir, chacun chercha une position convenable pour somnoler un peu, et bientôt tout le monde dormit. Soudain : - Le feu ! L'incendie ! Regardez, là ! Réveillés en sursaut, nous nous précipitâmes à la fenêtre. Nous l'avions crue, cette fois encore, ne fût-ce qu'un instant. Mais il n'y avait dehors que la nuit obscure. La honte dans l'âme, nous regagnâmes notre place, rongés par la peur, malgré nous. Comme elle continuait à hurler, nous nous remîmes à la battre et c'est à grand-peine que nous réussîmes à la faire taire. Le responsable de notre wagon appela un officier allemand qui se promenait sur le quai, lui demandant qu'on transportât notre malade au wagon-hôpital..

- Patience, répondit l'autre, patience. On l'y transportera bientôt. Vers onze heures, le train se remit en mouvement. On se pressait aux fenêtres. Le convoi roulait lentement. Un quart d'heure plus tard, il ralentit encore. Par les fenêtres, on apercevait des barbelés ; nous comprîmes que ce devait être le camp. Nous avions oublié l'existence de madame Schachter. Soudain, nous entendîmes un hurlement terrible : - Juifs, regardez ! Regardez le feu ! Les flammes, regardez ! Et comme le train s'était arrêté, nous vîmes cette fois des flammes sortir d'une haute cheminée, dans le ciel noir. Madame Schachter s'était tue d'elle-même. Elle était redevenue muette, indifférente, absente et avait regagné son coin. Nous regardions les flammes dans la nuit. Une odeur abominable flottait dans l'air. Soudain, nos portent s'ouvrirent. De curieux personnages, vêtus de vestes rayées, de pantalons noirs, sautèrent dans le wagon. Dans leurs mains, une lampe électrique et un bâton. Ils se mirent à frapper à droite et à gauche, avant de crier : - Tout le monde descend ! Laissez tout dans le wagon ! Vite ! Nous sautâmes dehors. Je jetai un dernier regard vers madame Schachter. Son petit garçon lui tenait la main. Devant nous, ces flammes. Dans l'air, cette odeur de chair brûlée. il devait être minuit. Nous étions à Birkenau.

De la même façon que le peuple juif s'en allait vers son extermination sans y croire, l'humanité toute entière est en route vers sa perdition éternelle sans y croire. De temps en temps, comme cette Mme Schachter, des voies courageuses se font entendre : L’enfer, l'enfer ! je vois les flammes ! Alors on les fait taire, on les traite de fous et on leur ferme la bouche. On préfère croire de belles histoires fausses. Qui va se lever pour avertir le monde de la perdition éternelle qui les attend, s'ils refusent se repentir et de croire en Jésus ? Pendant la dernière guerre mondiale, les alliés auraient pu sauver les juifs, s'ils avaient compris ce qui leurs arrivaient et s'ils avaient eu un peu de compassion. Mais nous autres chrétiens, croyons-nous à l'existence de l'enfer ? Et avons-nous de la compassion pour tous ceux qui sont sur le chemin de la perdition éternelle ? Si notre réponse est Oui, alors nous allons faire tout ce que nous pouvons pour les sauver !

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